La Stratégie Europe 2020, un sentiment de « déjà vu » ?
L’année 2010 va rentrer dans son deuxième semestre et il nous revient en mémoire que c’était l’horizon fixé par le Conseil européen de Lisbonne de mars 2000 pour faire de l’Union européenne « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde (…), capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ».
Lors du Conseil européen de Göteborg en juin 2001, les chefs d’Etat avaient même ajouté un troisième pilier, environnemental, à la stratégie telle que convenue à Lisbonne.
Dès 2004 cependant, les travaux du groupe de travail sur la stratégie de Lisbonne, menés sous la férule de Wim Kok, indiquèrent que les déclarations incantatoires ne suffisaient pas et que les objectifs étaient assez loin d’être atteints. Dès lors, les efforts des uns (institutions européennes) et des autres (Etats) ont été recentrés vers le double objectif de la croissance et de l’emploi…
Avec la crise financière dont les premiers effets remontent à l’année 2008, il est vite apparu là encore que cette ambition ne prenait pas suffisamment en compte le principe de réalité.
La réponse apportée par les institutions, et en premier lieu par la Commission européenne (communication du 3 mars 2010), est donc celle d’une nouvelle « stratégie pour l’emploi et une croissante intelligente, durable et inclusive », fondée sur trois priorités (comme la stratégie de Lisbonne):
- Une croissance intelligente : développer une économie fondée sur la croissance et l’innovation,
- Une croissance durable : promouvoir une économie plus efficace dans l’utilisation des ressources, plus verte et plus compétitive,
- Une croissance inclusive : encourager une économie à fort taux d’emploi favorisant la cohésion sociale et territoriale.
Ces trois priorités fondatrices ne sont pas tellement éloignées de celles de Lisbonne ; la nouveauté résidant principalement dans l’ajout de la notion d’inclusion.
Le cadre de cette stratégie pour la décennie à venir a été adopté lors du Conseil Européen du 17 juin 2010, sur la base des propositions de la Commission européenne.
Une plus grande visibilité est donc donnée aux objectifs liés à l’éducation, à la formation, à l’inclusion sociale et à la lutte contre la pauvreté, ce qui constitue en soi un tournant par rapport à Lisbonne et une réponse apportée à une crise mondiale dont les impacts sociaux pourraient encore s’amplifier.
Pour autant, de nombreux points abordés aussi bien dans le document de la Commission que dans les conclusions adoptées par les chefs d’Etat, attestent d’une simple reprise des mantras de la stratégie de Lisbonne :
- Ainsi, les développements sur la « politique industrielle » contenus dans le document de la Commission reprennent des positions de principe et semblent peu novateurs : nécessité de « développer une base industrielle solide », d’« élaborer une politique industrielle horizontale », d’« améliorer l’environnement des entreprises », etc.
- Concernant la « stratégie pour les nouvelles compétences et les nouveaux emplois ». il y est fait référence à la flexicurité, à l’amélioration de la mobilité professionnelle, au renforcement du dialogue social mais peu d’éclairages sont donnés à ce stade quant aux moyens à utiliser.
Ce nouveau cadre peut donc tout autant constituer un véritable renouveau stratégique pour une Union européenne en mal de projet que devenir une coquille vide et cela dépendra en grande partie de ce que chacun , institutions comme Etats, acceptera d’y mettre.
En tout état de cause, son influence sera certainement décisive quant à la future forme que prendra la politique de cohésion de l’Union européenne en 2014 et plus spécifiquement quant à la place du Fonds Social Européen en relation avec la nouvelle priorité d’inclusion sociale.
Aussi, autant pour les gestionnaires de programmes que pour les porteurs de projets, il paraît important de prendre d’ores et déjà en considération ces nouvelles priorités pour se positionner pour l’après 2013, en renforçant, si nécessaire, leur prise en compte dans l’exercice des politiques actuelles ainsi qu’en participant aux réflexions stratégiques en cours de démarrage à l’échelon régional mais aussi aux niveaux national et communautaire.
VIAREGIO proposera ainsi dans le cadre de cette seconde période de programmation 2007-2013, différentes actions d’accompagnement des acteurs locaux et régionaux pour réussir leur positionnement dans la future génération de la politique de cohésion.
Mis à jour (Mercredi, 11 Août 2010 16:49)



